
En ce moment, ami lecteur, tu vas pas me croire : j'ai une tête de femme battue. Un majestueux coquard orne mon oeil gauche et adopte toutes les couleurs de l'arc en ciel au fil du temps qui passe...
A ce stade, logiquement, tu te demandes ce qui a bien pu m'arriver :
Ma dirlo a pété un fusible, a pris en otage toute l'école et m'a frappée pour donner l'exemple ???
L'un de mes élèves n'a pas accepté les justes remontrances de son enseignante désabusée ???
Le père de l'un de mes élèves n'a pas accepté les justes critiques faites à l'égard de son enfant par son enseignante désabusée ???
La mère de l'un de mes élèves n'a pas accepté... blablabla ???
Et bah non. Rien de tout ça (ouf !).
Figure-toi, ami lecteur, que mercredi dernier, après avoir jeté Malouloute à son cours de guitare et intimé l'ordre à Monlulu d'aller la chercher à 16h, je suis partie à bicyclette vers les beaux quartiers de la rive gauche où je devais participer à un groupe de recherche sur l'évaluation (waou ! ça en jette en passant, mine de rien... !). Le soleil brillait. Les 'tits zoiseaux chantaient. Et j'avais une demie heure devant moi pour prendre un café avec une amie avant l'heure de rendez-vous.
Me v'là donc descendant le boulevard Raspail. Pas pressée. Tout droit. En descente. Le vent dans les cheveux. Le sourire aux lèvres. Tranquille.
Et là, changement de programme :
ZZZZZZZZZZZZZZZIIIIIIIIPPPPPP !!! J'ai GLISSÉ !
Mon vélo - mon fidèle destrier, acquis à pas cher dans un vide-grenier bourguignon, toujours là quand j'en ai besoin, retrouvé moultes fois à sa place sur les trottoirs parisiens même quand j'oubliais de l'attacher - mon vélo, donc, s'est dérobé sous moi : je me suis sentie partir sur le côté gauche, légère (et heureusement pas court vêtue !), jusqu'à atterrir platement sur la chaussée, amortissant le choc au final par mon arcade sourcilière gauche...
Et là, qu'est-ce que j'entends, venant du trottoir juxtaposé ?
"ENCORE !!! VOUS ÊTES LA 5ème DEPUIS CE MATIN !!!"
J'étais juste devant un lycée. Les profs qui papotaient là ont garé mon vélo, m'ont ramassée, soignée dans l'infirmerie de l'établissement, conseillée... et remise sur pattes, je suis repartie comme en 40, le visage enflé et la chaîne déraillée (le visage de moi, la chaîne de l'engin, si tu suis bien, ami lecteur !).
Rien de grave au final : une estafilade dans la courbure du sourcil et un hématome qui migre doucement dans le sens de l'attraction terrestre. Un bobo à la main droite. Un bleu sur le genou gauche que je ne sens déjà plus. Rien, vraiment.
Ma chance :
- Je suis tombée du côté gauche, ce qui m'a évité de m'assommer gravement sur la barrière métallique qui protège la sortie du lycée.
- Aucun véhicule, bus, taxi ou deux-roues, ne me suivait, ce qui m'a évité de finir en bouillie sur le trottoir.
- Je n'ai pas eu le temps d'avoir peur et je suis restée extrêmement jeune malgré mes 40 ans (déjà ???), ce qui m'a évité de me crisper et donc de me faire plus mal encore.
Ce qui me turlupine c'est ceci :
Qu'est-ce qui fait qu'au jour d'aujourd'hui des gens gentils, prévenants, compatissants (puisqu'ils se sont si bien occupés de moi après ma chute) ne se sont pas sentis suffisamment responsables pour jeter sur la voie une pelletée de sable, de sciure ou de terre sur la traitreuse traînée d'huile (allitération en tr...) après la première, voire la deuxième chute de cycliste ?
Pourquoi appeler les services de la Voirie leur a semblé suffisant, alors même qu'ils avaient pu constater qu'ils ne se déplaçaient pas dans l'instant (ils les ont rappelés une seconde fois après moi) ?
C'est comme si le
bon sens avait disparu de nos villes au profit de la procédure, de l'administration, du règlement, que sais-je...
Ça me laisse coite. Pas toi, ami lecteur ?