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lundi 11 janvier 2010

Histoire honteuse...


Ami lecteur, t'ai-je déjà parlé de mon père ? Non, je ne le pense pas. Et en ces temps de pénurie d'anecdotes écolières, quel plus beau sujet aborder que ce père qui n'est plus, mais dont je garde quelques souvenirs cocasses ou incongrus au milieu de l'usuel et du quotidien ?

Mon père, la plupart du temps, était un homme sérieux et affairé. Soucieux de la réussite scolaire de sa progéniture (nous sommes quatre) et de sa bonne éducation. Aîné de treize enfants, il prenait également soin d'être le moins dérangé possible par ses rejetons, venus manger l'espace vital que sa nombreuse fratrie avait déjà bien entamé... Mais quand on prenait le temps d'aller à sa rencontre, de discuter avec lui sur ses sujets de prédilection (le jardinage, l'Histoire, la langue française...) on découvrait un homme très sensible, drôle, tendre, soigneusement camouflé derrière des dehors d'homme d'affaire un peu raide.
Je dois avouer que ces fenêtres donnant accès à sa personne étaient rares. Mais oh, combien précieuses. C'est d'elles dont je garde souvenir.

En rangeant mes affaires tout à l'heure (ça m'arrive !), je suis retombée sur une longue lettre abandonnée par lui sur mon lit il y a de nombreuses années. Je n'ai pu m'empêcher, une fois encore, de rire à sa lecture, tant elle est décalée dans son propos et preuve d'un grand sens de l'humour et de l'auto-dérision.
Je te la partage.


Paris, le 12 Août 1992

Ma chère Mistinguette,
Nous sommes là, ton frère L. et moi, après le dîner, penchés sur un problème qui nous préoccupe gravement.

I - Exposition du problème (du particulier au général)

1) Deux faits troublants
A) Il y a un mois, je dépose une pêche tout à fait justifiée et ma satisfaction très naturelle, tu en conviendras, est détruite brusquement par la découverte qu'il n'y avait plus de papier Q et pas de réserve dans le lieu d'aisance malgré mes édits réitérés et fort précis. Je suis donc obligé de me rendre à quatre pattes à l'armoire pour en retirer un rouleau.
Mon ire, toujours naturelle, se déchaîne contre L. et contre Maman, qui protestent l'un et l'autre de leur innocence à laquelle je ne crois pas du tout.

B) Vendredi dernier, L. va caguer, selon son expression, occupation tout aussi naturelle que mon dépôt de pêche. Il savourait le sentiment du devoir accompli et bien accompli quand, Oh ! Horreur ! comme moi, sa béatitude se brise brusquement sur la constatation qu'il n'y avait plus de PQ !!!
Comme moi et me comprenant enfin, il part à quatre pattes et en maugréant vers l'armoire réserve, et là ! quelle ne fut pas sa consternation, son désespoir, sa fureur et même ses larmes de rage : plus de PQ.
Le moment d'abattement passé, il reprend son courage et toujours à quatre pattes il part vers la cuisine où, heureusement, il trouve la dernière feuille d'essuie-tout (même son derrière). Cette feuille, unique et fragile, a représenté pour lui toute la différence entre une honteuse défaite et une face (ou un pile) à peu près sauvé(e).

2) Énigme posée
J'étais à la campagne depuis une semaine, Maman à Lisieu depuis 10 jours ; ce n'était pas L. qui s'était infligé à lui-même ce supplice chinois, nous ne croyons pas aux fantômes ; [la dame qui fait le ménage habituellement] était en Catalogne. Qui donc alors pouvait faire disparaître notre provision de PQ ???
L. et moi n'en dormions plus !!!

II - Résolution de l'énigme

Maman passant quelques heures à Paris, avant même de lui dire bonjour, nous lui faisons part de notre perplexité, légèrement soupçonneuse (des fois qu'elle serait revenue à Paris faire des photocopies en cachette et en aurait profité pour nous bouffer notre PQ !).
Comme tu l'imagines, elle s'en est défendue comme un beau diable (oh !) mais, poussée par nos questions, elle a finalement trouvé la solution :
Il parait que depuis de nombreuses années, tu n'achètes pas de PQ mais le rapporte de ton école où tu le voles de manière éhontée*. Cette cleptomanie étrange t'a donc poussée, une fois ton école fermée, à venir dévaliser ton pauvre père et ton pauvre frère. C'est donc toi la cause de notre malheur, de notre honte, que dis-je, de notre perdition !!!
"Ô, Rage ! Ô désespoir, Ô fillette ennemie

III - Conclusion
Il va falloir sévir pour nous défendre. Nous réfléchissons sur plusieurs solutions :

1) Coller avec de la colle forte ton couvercle de cabinet pour t'empêcher de déféquer ? et donc de nous voler notre papier ?
Amusant mais pas très efficace.

2) Changer la serrure de notre appartement ?
Efficace mais pas très amusant.

3) Remplir jusqu'au plafond ton appartement de PQ de manière à ce que tu ne puisses plus y entrer ?
Amusant, efficace mais onéreux.

4) Piéger nos chiottes et l'armoire de réserve avec une grenade.
Amusant, efficace, bon marché mais dangereux.

Nous n'avons pas trouvé mais notre imagination fertile aboutira à une vengeance exemplaire dont on parlera dans les chaumières !
Tu es prévenue.
Vae victis etc !

Papa... et L.

* En fait, jeune étudiante, j'étais ulcérée de devoir dépenser une partie de mon budget, assez serré, pour du PQ : c'est un article si éphémère et si peu intéressant en somme... Aussi est-il vrai que j'ai -une fois, rien qu'une !- (de nombreuses années ?! Peuh !) piqué un rouleau de PQ dans le centre où je me formais à devenir instit (Patricia, si tu me lis... ;oD)... un gros rouleau comme on n'en trouve que dans les collectivités. Très rentable donc !
Ce qui est plus vrai, c'est qu'il m'arrivait assez fréquemment, je l'avoue, d'aller en chourer chez mes parents dont l'appartement jouxtait le studio que j'habitais à l'époque... Ooooh ! la honte !

9 commentaires:

fany a dit…

bien joli papa !!

Patricia a dit…

!!!!! Non ? je n'y crois pas ? ça va faire le tour du CF.... cette histoire ! Alors, ce qui m'intrigue, c'est la façon dont tu as pu t'y prendre pour cacher cet énorme rouleau ? sous ton manteau ? dans un sac ?

mamyvette a dit…

quelle beeeelle histoire.
qd à la lettre, alors là, vraiment très drôle!!!! l'humour est donc une histoire de famille....

Bellzouzou! a dit…

faire ça, c'est honteux, je dis!
(mais la lettre est délectable!)

Anonyme a dit…

je me doutais bien que ce verbe qui te sied si bien ne devais pas être hérité de bien loin. Mamyvette a raison, quand on a ça dans le sang...
anoche

Laure de Montalembert a dit…

Chere M... ;
Geniale, cette histoire sur un pere qu'il me semble bien connaitre !
Moi aussi, j'ai pique du PQ, il y a tres tres longtemps. Mais pas a mes parents... j'etais deja partie.
kisses de Miami

Proctor ... a dit…

C'est su-per-be !! la verve est agile, le vocabulaire finement ciselé, les propos sémillants et l'ironie chafouine!! Ce monsieur avait, puisque l'imparfait est de mise, une réelle aisance (et pas que dans les lieux...) rédactionnelle, indubitablement tu tiens ça de lui ...

Anonyme a dit…

Ca m’a fait beaucoup rire… A l’occasion, il avait de l’humour le père…
Je t’embrasse.
L.

PS : le verbe caguer m’est resté, sous le forme du nom commun «cagance», comme dans « je vais faire une cagance » (ça nous vient de ma fillotte, qui avait mis au goût du jours les noms de « gratance » et de « piquance », lorsqu’elle avait une irritation (du type de celles qui grattent), ou quelque chose qui la piquait. Comme quoi, ces mots avaient vraiment la nécessité d’être créés… Alors maintenant, toute la famille fait des cagance (ce qui est quand même plus élégant que « faut que j’fasse caca… »).

Mimi-Je Rêve a dit…

Ce que j'aime dans le phénomène des blogs, c'est qu'on pense aux bloggeurs-amis -ah ben voui, hein, depuis le temps :-)- selon ce qu'ils veulent bien nous livrer d'eux, les anecdotes qu'ils racontent...
Tu vois où je veux en venir, là... ?
:-D
C'est dans les toilettes de l'école qu'on trouve les maxis rouleaux de pq, hin hin hin, et dorénavant ce maxi-rouleau est associé à toi... peux pas faire autrement ! D'autant que moi aussi je me demande comment t'as fait pour en piquer un discrétos, vu le diamètre !!!
Par contre nan, je ne juge pas, chacun ses "besoins" -mouhahaha-, chacun ses priorités...
krrrkkrrrrkkkkrrrrrrkkrrr