Et
pourtant...Nous avons eu un faible espoir il y a deux ou trois mois : Not'Dirlo avait eu la dame en question pendant 1h30 au téléphone, prenant le temps d'aller au fond des choses, avec des mots choisis et néanmoins efficaces. L'échange avait eu l'air constructif, et sans nous bercer de faux espoirs, nous ne pouvions nous empêcher d'attendre les effets de cet entretien.
Peine perdue.
Le lundi de la semaine passée, la Moche-Mère retourne une copie de Choupette à l'école. Une évaluation de vocabulaire à laquelle, comme d'habitude, la fillette avait excellé : 20/20 et un grand "bravo !" en ornait le haut.
La marâtre avait ajouté un magistral point d'interrogation à côté de l'appréciation ; souligné et signalé dans la marge les erreurs d'orthographe de l'enfant ; puis écrit à même la copie une vingtaine de lignes exprimant son incompréhension de la note alors même que sa fille faisait tant de fautes !
Dans le même temps, elle a craché son venin dans le cahier de correspondance de Choupette : trois pages de méchancetés à propos d'une sombre histoire de dispute au catéchisme, pendant laquelle une petite camarade excédée aurait donné une claque à Choupette, qui l'avait bien méritée. Vous raconter l'histoire serait compliqué et pourrait, d'ailleurs, faire l'objet d'un autre article. Sachez seulement que le mot en question était d'une perversité telle qu'il donnait à Choupette l'entière responsabilité de cette histoire alors même que l'enfant avec qui elle s'était disputé en reconnaissait les tors. La femme précisait en passant, histoire de forcer le trait, que l'indifférence et la méchanceté de Choupette "ne naissaient pas d'une souffrance mais tenait bien de son tempérament" (...!).
Cette diarrhée verbale étant truffée de fautes d'orthographe, Not'Dirlo a sauté sur l'occasion pour dire à la Dame qu'il valait mieux qu'elle évite de corriger les erreurs "oubliées" par les enseignantes sur les copies de sa fille, si elle ne voulait pas prendre le risque qu'on corrige les siennes, chacun son métier et les vaches seront bien gardées, cordialement, merci, au revoir.
Le mercredi, Moche-Mère vient chercher Choupette, interne, pour l'après-midi. Elle tombe sur Mamoitié dont s'était le jour de classe et commence à la prendre à partie, comme à son habitude, disant à nouveau tout le mal qu'elle pense de sa "fille", et qu'elle est une menteuse, et qu'elle ne travaille pas si elle n'est pas sur son dos, et qu'à l'école, elle est choyée et couvée, bénéficiant d'un régime spécial parce qu'évidemment, elle est manipulatrice, et qu... Là, Mamoitié n'a plus tenu. Elle l'a stoppée dans son élan et lui a dit tout de go :
"Madame, le problème, ça n'est pas Choupette, c'est vous !"
Puis pendant les dix minutes qui ont suivies, devant Choupette, Mamoitié a déballé son sac : Choupette, en classe, est une élève polie et travailleuse, qui a des défauts comme tout le monde, ni plus, ni moins, et quand elle le mérite, elle se voit réprimandée. Elle n'est ni sans coeur, ni indifférente. En revanche, certainement, elle doit être une vraie gêne pour Moche-Mère et son épanouissement personnel !... et que sais-je encore... L'autre s'est rebiffé et a fini par partir outrée, Choupette sur ses talons. Ah ! Que j'aurais aimé être à la place de Mamoitié ! Que ça a dû lui faire du bien !
Le lendemain jeudi, c'est moi qui suis en classe.
La matinée commence, et je vois Choupette qui s'énerve sur un travail simple, jette son effaceur sous prétexte qu'il ne fonctionne pas, pleure et finit par s'endormir sur sa table. Bon.
A la récréation, alors que les autres sortent, elle tournicote autour de mon bureau. Ah.
Je l'appelle donc et lui demande si elle veut me parler. Et là, elle me raconte :
Elle est très fatiguée. Elle n'a pas réussi à dormir de la nuit.
A la suite de l'échange houleux de la veille, ses parents, papa-témoin et belle-maman-inquisitrice, la questionnent pour savoir ce qu'elle a pu raconter pour que l'institutrice s'adresse à eux de cette façon. Pendant deux heures.
Elle est ensuite sommée de faire la liste de ses défauts :
"Je suis une voleuse,
Je suis une hypocrite,
Je suis une menteuse,
Je suis tête en l'air,
Je suis désordonnée..."
"Vous comprenez, me dit-elle, "tête en l'air", j'veux bien. "Désordonnée" aussi. Mais je ne peux quand même pas avoir tous les défauts de la terre !" (elle parle comme ça Choupette, elle est très forte !).
Quand je lui conseille de se protéger, elle me rétorque qu'elle est beaucoup moins forte que Moche-Mère... alors je lui explique qu'elle doit se protéger intérieurement, et que quand Folcoche lui déverse son tombereau de fiel sur la tête (qu'elle doit garder baissée lorsqu'elle l'écoute), elle pourrait se dire in peto "miroir ! miroir !" comme font les enfants sur la cour de récré.
Elle rit. Elle arrive encore à rire ! Et me répond que c'est tout-à-fait ce qu'elle a l'habitude de faire : elle chantonne dans sa tête "Cause toujours, tu m'intéresses ! Cause toujours, tu m'intéresses !!!".
Quand je vous dis qu'elle est forte !
En tous cas, de notre côté, les dernières hésitations sont définitivement tombées : le signalement est dans les tuyaux.